François Lunven est un graveur, dessinateur et peintre né le 11 septembre 1942 à Paris et mort le 19 octobre 1971, dans cette même ville, à l’âge de 29 ans, alors même que, déjà connu et respecté par de nombreux conservateurs de musées, commissaires d’expositions et collectionneurs d’art, il partait le lendemain préparer une exposition qui lui était consacrée aux Sables d’Olonne, et qu’il venait d’être nommé professeur à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs.
Une mort subite, inexpliquée, une apparence de suicide, un envol tragique étrangement cohérent avec les questions qui l’obsédaient autour de l’entropie, de ce qu’il nommait lui-même « l’inévitable éclatement du corps tout entier ».
29 ans de vie et la trajectoire d’une météorite : une jeunesse académiquement très brillante, une vocation artistique présente dès l’enfance, une formation à l’école des Beaux-Arts de Paris puis dans le célèbre atelier de gravure Lacourière-Frélaut, où il apprend son métier et acquiert une maîtrise vite qualifiée d’exceptionnelle.
8 ans de production intense, volontairement fébrile, de 1963 à 1971, puisqu’ont été recensés à sa mort une cinquantaine de tableaux, le même nombre de dessins, ainsi qu’une centaine de gravures.
François Lunven n’entre pas dans les courants artistiques de sa génération, dominée par le formalisme et l’abstraction. Ce qui éclate dans cette peinture autre, c’est une profondeur et une originalité iconographiques, une inquiétude, un malaise figuratif. Il produit une œuvre singulière, saisissante, obéissant à un double mouvement d’attirance et de répulsion. Il définit ainsi son travail : « Comme le petit enfant que fascinent les chairs à vif d’un lapin à son croc, nous sommes sollicités par un double mouvement : d’une part l’horreur, de l’autre, une attirance profonde ».
Cette dualité sera présente dans les trois grandes étapes de sa production artistique. Tout d’abord dans une première période qu’il qualifiait lui-même de « zoomorphe », où le travail s’apparente à une dissection d’insectes, de crustacés, qui s’inscrit déjà dans une forme de post-surréalisme. Une thématique obsessionnelle de cette période est celle de la gestation, de l’embryon, coïncidant avec la naissance de son fils, Tristan, thématique qui le fait évoluer vers une période « anthropomorphe » où cette fois c’est le corps humain qui est soumis à la fragmentation, à l’exploration ou à l’explosion. Eros et Thanatos cohabitent dans cet univers inspiré notamment par Georges Bataille. A la fin des années 1960, François Lunven glisse vers des créations hybrides, « faites de chair et d’acier », visant à greffer, de façon quasi prémonitoire, l’organe à la machine industrielle, avant d’initier une ultime courte période qui se voulait « religieuse », comme le confirme son ami cubain, le peintre Ramón Alejandro, qui souligne son attirance pour les arts sacrés.
Ses tableaux, dont le nombre augmente considérablement à partir de 1968, montrent qu’il se consacre davantage à la peinture à cette époque. Son style pictural évolue rapidement vers des couleurs de plus en plus fluorescentes dans des compositions très denses.
Son ami, l’écrivain Bernard Noël, a témoigné à plusieurs reprises de la trace profonde qu’a laissée en lui leur rencontre et leur amitié. Il a précisé les domaines de recherche qu’ils avaient en commun, dont l’alchimie, la morphologie, la recherche d’une formalisation de décomposition et de recomposition comme « méthode de connaissance ».
Parmi les artistes avec lesquels François Lunven a collaboré, on peut citer Julien Gracq, dont il a illustré avec des gravures originales l’ouvrage « Au château d’Argol » en 1968 (éditions Francs-Bibliophiles), Bernard Noël pour « Le château de Cène » en 1969 et « Motrice » en 1970, ou encore Claude Fournet et Pierre Dalle Nogare.
Son œuvre est présente dans de nombreux musées, en France et à l’étranger (Londres, Madrid, New-York, Skopje ainsi qu’en Australie). On peut enfin signaler le travail critique sur cette œuvre d’Alain Bosquet, Alain Jouffroy, Gérard Durozoi, Claude Fournet ou Manuel Jover.
Son œuvre a été confiée après sa mort à différentes galeries parisiennes, dont la galerie Alain Margaron de 1996 à 2023. Cette galerie a organisé différentes expositions sur François Lunven au fil des années à la galerie, et une rétrospective en 2005 au Musée de l’Hospice Saint-Roch à Issoudun. L’œuvre restante a été récupérée depuis avril 2023 par son fils, Tristan Lunven, pour un long travail en cours de catalogue raisonné.