Une production artistique intense : une cinquantaine de tableaux, le même nombre de dessins et une centaine de gravures estimées à sa mort.
Les oeuvres présentées sur ce site sont loin d’être exhaustives.  

François Lunven a publié un seul texte sur son travail artistique lors de la parution de ses illustrations pour « Au château d’Argol » de Julien Gracq en 1968. Le texte ci-dessous condense l’intention de l’artiste et ses sources d’inspiration.

« Pour illustrer « Au Château d’Argol », j’ai surtout essayé de donner des équivalences aux passages du texte dans lesquels l’ordonnance des structures organiques est bouleversée. (Ce n’est bien sûr qu’un des facteurs que l’auteur a employé pour provoquer ce climat si particulier qui nous oppresse à la lecture mais c’est pourtant lui que j’ai retenu comme le plus efficace une fois mis en images.)

L’ordonnance organique est en effet constamment bouleversée. La gestique même des personnages, l’hyperextension des membres au niveau des articulations proximales aboutissent à l’inévitable : l’éclatement du corps tout entier.

Comme le petit enfant que fascinent les chairs à vif d’un lapin à son croc, nous sommes sollicités par un double mouvement : d’une part l’horreur, de l’autre une attirance profonde. Ce couple de sentiments contraires et extrêmes que provoque sur nous comme sur l’enfant l’étalage explosif des organes sur l’étal du boucher, j’ai essayé de le faire surgir dans l’esprit du spectateur. Spectateur que j’aimerais à la fois ébloui et angoissé. Le spectacle de ces corps meurtris joue ici comme transgression ludique de l’interdit lié à la mort ; interdit et transgression étant inconciliables, dans la mesure où nous appartenons à l’un et à l’autre monde (celui de l’interdit et de la transgression de cet interdit), nous sommes déchirés intérieurement à notre tour et alors s’ouvre le vertige de l’équivoque le plus total.

Ce corps meurtri, qu’il soit celui de Herminien, de Heide ou d’Albert, c’est aussi le nôtre, comme un « drapeau claquant de sang et de flamme à la face du soleil dans une inouïe et terrible nudité ».

François Lunven, 1968                                                                                                                               

Julien Gracq, « Au château d’Argol », Francs Bibliophiles, 1968. Édition tirée à 175 exemplaires sur chiffon de Rives. Eaux-fortes originales de François Lunven.

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